
Petit cours de bourrée à l'usage des débutants
De nombreuses variantes /
Le pas de bourrée / Positions /
Deux ou trois parties / Les frappés
/ En conclusion
Il peut paraître curieux d'expliquer la bourrée sur un site
Internet. Disons que c'est pour ceux qui n'ont pas la chance de la danser
toutes les semaines et qui aimeraient découvrir nos traditions.
Lorsque vous assisterez à l'une de nos représentations, cela pourra vous aider à
mieux comprendre ce que vous voyez et, pourquoi pas, à vous joindre à nous pour
danser à la fin du spectacle.
De nombreuses variantes
Il existe une multitude de bourrées. Chaque village, chaque
famille, chaque individu a sa manière de danser. Il est ici question de
proposer une bourrée sommaire, mais suffisante pour être dansée sur la
plupart des airs traditionnels. Lorsque vous viendrez nous voir danser, vous
pourrez découvrir de nombreuses variantes que nous avons collectées en Rouergue
et en Lozère.
Le pas de bourrée
La bourrée de base est jouée sur un rythme à trois temps (il en
existe sur des rythmes à deux temps).
Comme c'est une danse du Massif central, il
est important de ne pas sautiller. Même si la danse est très légère d'apparence,
elle se fait en faisant corps avec la terre.
Pour apprendre le pas de base, commencez par marcher normalement.
Si vous êtes nombreux, allez à la queue-le-leu autour d'un grand cercle pour
pouvoir faire l'exercice sans devoir s'arrêter à cause des murs...).
Puis
marquez nettement un pas sur trois (Gauche - Droit - Gauche - Droit
- Gauche - Droit...).
Accélérez progressivement le rythme, jusqu' à obtenir un
effet de pas marqué suivi de deux pas légèrement glissés. Tam - tchi -
tchi - Tam -tchi - tchi... Pour les "Tam", le pied est posé en
entier. Pour les "tchi", seul l'avant du pied touche le sol.
Le pas latéral
Une fois que vous aurez bien acquis ce rythme, vous pourrez vous
essayer au pas latéral, celui qui est utilisé dans la bourrée traditionnelle.
Si vous êtes nombreux, pour l'apprendre, vous pouvez vous mettre en ronde et vous tenir la main. Ceci
évitera la tentation de se remettre dans le sens de la marche.
Le déplacement latéral s'effectue en croisant, puis en
écartant la jambe. Par exemple, si on se déplace vers la droite, on commence par
écarter la jambe droite, puis on croise la gauche par devant. Attention, il
convient d'intercaler à ce pas, les deux temps faibles du pas de bourrée, qui
s'effectuent quasiment sur place. Cela donne pour un déplacement vers la
droite.
En gras dans ce qui suit, ce qui correspond au "Tam"
ci dessus et en maigre, ce qui correspond au "tchi' :
-> Écarter et poser la jambe droite -
rapprocher et poser la jambe gauche - soulever et poser la jambe droite, sur
place - Croiser par devant et poser la jambe gauche - repositionner et
poser la jambe droite - soulever et poser la jambe gauche sur place. Et ainsi de
suite.
Pour un déplacement vers la gauche, on commence par
croiser la jambe droite par derrière, ce qui donne :
<- Croiser la jambe droite par derrière - repositionner
la jambe gauche - soulever et poser la jambe droite sur place - écarter la
jambe gauche - rapprocher et poser la jambe droite - soulever et poser la
jambe gauche sur place. Et ainsi de suite.
Pour vous entraîner, effectuez plusieurs fois ces enchaînement
dans un sens, puis dans l'autre. Pensez à respecter le "Tam
- tchi - tchi".
Dans la bourrée de base, vous ne ferez pas la
ronde (mais cela existe dans certaines variantes) et vous changerez très souvent de sens. C'est ce que nous allons voir
dans
les tiroirs, ci-dessous.
NB : il s'agit d'une codification d'un pas de base de
la bourrée, il en existe bien d'autres, ce qui est le plus important, c'est de
bien marquer la cadence. En entendant de bons danseurs, même sans musique, on
peut reconnaître qu'ils dansent la bourrée, par le rythme très particulier de
leurs déplacements, même s'ils ne font pas tous le même pas.
Positions de départ et nombre de danseurs
Nous verrons ici la bourrée à quatre. C'est la plus courante,
mais il existe des bourrées à deux, trois, six, huit et plus, voire même en
cortège. Les bourrées
anciennes étaient dansées uniquement par des hommes qui "s'affrontaient" dans
des défis. La bourrée était une joute et un jeu à la fois. Lorsque les femmes
sont venues danser la bourrée avec les hommes, le jeu est devenu celui de la
séduction, ce qui a changé la nature de la danse.
Lorsqu'il y a deux hommes et deux femmes, les danseurs se placent
en carré, le danseur ayant sa cavalière face à lui. Dans l'exemple ci-dessous,
les hommes partiront sur leur gauche et les femmes sur leur droite dans les
premiers tiroirs.

Les positions des mains peuvent varier. Dans certaines régions,
elles sont placées à hauteur de visage ou de chapeau, dans d'autres, à hauteur
d'épaule ou de poitrine, dans d'autres enfin (comme en Berry, mais nous sortons
de notre région...), elles sont pendantes. Vous remarquerez aussi des variantes
en fonction des danses et de la personnalité des danseurs, comme cela se faisait
autrefois dans nos villages. Chez-nous, les mains sont généralement à hauteur de
poitrine.
Deux parties distinctes, ou trois...
La bourrée simple comporte deux parties. Une partie de "tiroirs"
et une partie "valsée". Sur le plan musical, la
distinction est assez nette. La partie valsée semble plus ronde, mais c'est
surtout la façon de jouer des musiciens qui permet de les distinguer. En
général, chaque partie fait 16 temps (2x8 pour les tiroirs et 2x8 pour la partie
valsée), mais il existe de nombreuses variantes (12 temps...), auxquelles les
danseurs répondent par des chorégraphies différentes. Certaines bourrées
comportent trois parties. C'est toujours la musique qui commande...
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Les tiroirs
Il s'agit de
déplacements latéraux. L'homme et sa cavalière se déplacent latéralement en se
faisant face. Un déplacement latéral comporte deux séries de
pas latéraux. En bout de tiroir, l'homme peut effectuer
un frappé et la femme un petit "piétinement"
(deux pas de bourrée sur place), ou une pirouette (tour sur elle-même). Dans
la plupart des bourrées simples, la musique indique bien le moment du frappé.
Après deux allers et
retours (quatre tiroirs), la musique change et l'on passe à la partie valsée.
Pour que les tiroirs
soient réussis, il faut arriver à enchaîner naturellement les changement de
direction, sans s'arrêter.
Dans le groupe, vous
remarquerez que chaque danseur a sa façon de danser, en fonction de sa
personnalité. Ceci permet de mieux rendre l'ambiance des bals d'autrefois et
évite que la présentation se transforme en une chorégraphie mécanique.
Vous remarquez ainsi de
nombreuses variantes sur ce schéma de base, les danseurs tournent en faisant
les tiroirs, ou réalisent des ellipses... Selon les danses et les régions, les
femmes passent à l'intérieur, ou les hommes, ou en alternance, ou par
couple... Tous les cas de figures se rencontrent.

Ici une bourrée à six.
La doublette de droite s'apprête à se déplacer vers la gauche alors que les
autres continuent à se déplacer progressivement vers la droite.
C'est une forme sophistiquée de tiroirs.
Pour faciliter les
croisements, en bout de tiroir, les danseurs se sont positionnés. Ces
positions déterminent qui passe à l'intérieur et à l'extérieur. Cela peut
donner naissance à des jeux où l'on oblige ses partenaires à changer de sens,
en fonction de la position que l'on impose. Cela est particulièrement net dans
la bourrée à deux, plus facile à "perturber" par l'inspiration du moment.
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 | La partie valsée
La transition de la musique est plus ou moins nette selon les compositions et
la façon de jouer des musiciens. Le principe de cette partie consiste à
tourner sur soi-même en pas de valse à l'endroit (un peu plus marqué que pour
une valse de salon) en décrivant un cercle dans le sens inverse des aiguilles
d'une montre (vu du dessus). Les quatre danseurs font leurs tours de valse en
parcourant la périphérie de ce cercle imaginaire. Arrivée à la moitié de la
partie valsée, il changent de sens de rotation (valse à l'envers), tout en
poursuivant leur progression valsée dans le sens inverse des aiguilles d'une
montre. La seconde partie
de la valse peut aussi se faire en revenant sur ses pas. En Lozère ou Aveyron,
notre région, cela peut changer d'un hameaux à l'autre, ou d'une danse à
l'autre. Dans un bal, les danseurs s'adaptent à la volée à leurs partenaires.
Le changement de sens peut donner lieu à une génuflexion, un salut, un frappé
ou d'autres figures. La
partie valsée donne lieu à de nombreuses variantes. Par exemple, l'homme peut
poursuivre sa cavalière, ou tourner autour. On peut aussi faire une ronde, ou
le moulin (les hommes, face à face se donnent la main et les femmes posent les
leurs sur les poignets de leur cavalier ; l'ensemble tourne ensuite comme les
ailes d'un moulin). |
 | La troisième
partie Certaines
bourrées, comportent trois parties. Voici l'exemple de la crouzade construite
en trois parties.
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Une partie où les
couples sont accrochés et tournent ensemble (crouzade).
| Crouzade à quatre avec les hommes au milieu. Il en
existe de nombreuses variantes : À quatre avec les femmes au milieu,
à huit, à seize, crouzade à figures.
Nous avons à notre répertoire une crouzade rare, collectée à
Alpuech (Aveyron). |
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Une partie de
tiroir.
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Une partie de
chaîne. Les femmes et les hommes vont à la rencontre les uns des autres, en
parcourant une ronde, les femmes dans un sens et les hommes de l'autre. Une
homme donne ainsi alternativement sa main droite à une femme qui lui
présente sa main droite, puis sa main gauche à une femme qui lui présente sa
main gauche et ainsi de suite, jusqu'à retrouver sa cavalière. Des figures
agrémentent ce schéma de base, pastourelles, saluts... et parfois chaîne
brisée, c'est à dire avec un retour en arrière à la moitié.
Dans certaines crouzades, des ellipses remplacent la chaîne.
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Dans tous les cas, les
transitions entre les parties doivent être harmonieuses. Elles doivent
s'enchaîner.
Les frappés
Vous remarquerez rapidement que les danseurs rythment par des frappés et des
appels, leur danse. Les frappés sont l'expression de la personnalité du danseur
et chacun a le sien, qu'il a hérité de sa famille, de son village ou qu'il a
inventé. Certains sont assez acrobatiques, d'autres se limitent à une double
frappe d'un pied en bout de tiroir. Les frappés ne sont pas systématiques. Les
hommes le font lorsqu'ils en ont envie, mais bien sûr, toujours à des moments
particuliers de la musique.
Les femmes ne frappent pas du pied, mais peuvent, comme les hommes
d'ailleurs, frapper dans leurs mains.
Il arrive aussi que les danseurs chantent. La bourrée se danse
parfois avec le seul support de la voix.
En conclusion
Il serait prétentieux de croire que ces quelques lignes puissent
vous apprendre à danser la bourrée. Sachez simplement qu'une fois les règles de
base respectées, il suffit de se laisser porter par la musique, de jouer avec
ses partenaires. La danse était autrefois une fête, nous ne l'avons pas oublié.


Bernard-Yves Cochain
Maître de danse en danses traditionnelles